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Actualité Roubaix

jeudi 15 mai 2008

Stéphany Hasselsweiller : le monde dans son miroir

Le goût de l'art vient en regardant. Il peut être le fait d'une éducation, il est souvent affaire de rencontre, de déclic. Chez Stéphany Hasselsweiller, jeune plasticienne lilloise intervenante au Camion à Roubaix et qui expose à Lille, la découverte d'un peintre a été déterminante. Depuis lors, la peinture lui est simple évidence et force de vie.

PAR BRIGITTE LEMERY


roubaix@lavoixdunord.fr Dans le petit studio lillois baigné de lumière, les livres d'art s'exposent au grand jour sur les rayonnages. Un ouvrage sur le dadaïsme volerait presque la vedette à Marcel Mouly, le peintre expressionniste, celui du déclic de Stéphany, lorsque rien ne la prédisposait alors à l'art. La mèche rebelle, le regard frondeur, Stéphany raconte : « Je suis la seule artiste de ma famille. Mes parents n'étaient pas sensibles à l'art. On n'allait pas au musée, on ne parlait pas d'art. Moi, par contre j'ai toujours dessiné, y compris sur la tapisserie ! J'ai commencé des portraits au fusain vers l'âge de 12 ans et puis après ma découverte du travail de Marcel Mouly, à 18 ans, j'ai acheté des livres d'art, des toiles, des pinceaux, j'ai fait les Beaux-Arts à Tourcoing... Et, depuis, ça ne m'a plus quitté ! » Après une brève incursion dans la comptabilité, elle a vite décidé de vivre de la peinture, pour donner de la couleur à sa vie : « L'art, c'est viscéral, j'ai besoin de créer. Tout ce que je vois m'inspire, ce qui m'émeut, et un peu plus ce qui me révolte comme l'indifférence, le virtuel, la consommation de masse, la communication » à outrance qui laisse chacun seul devant son clavier, son écran, nos vies par procuration.


Pas d'individualisme artistique forcené chez Stéphany Hasselsweiller, sensible à la recherche de l'essentiel, à la valeur des mots, d'un symbole sur la toile. Elle nourrit une vraie réflexion globale sur l'avenir de la planète, l'égoïsme de la société, les paradoxes de l'être humain, les codes réducteurs d'une jeunesse en manque de repères : « On entre de plus en plus dans un monde virtuel, superficiel, dans la représentation, la facilité, les extrêmes. On rend les gens autistes. En travaillant au Camion, je m'en suis rendue compte, c'est dangereux. » Le thème urbain de ses dernières toiles Virtual World (exposées au Bettignies, avenue du Peuple belge à Lille jusqu'au 30 juin, après Londres, St Amand-les-Eaux et avant Dijon et Paris) est né de cette réflexion. En citadine concernée, cette plasticienne contemporaine illustre à sa manière ce qu'elle sait de mégalopoles comme New-York, Tokyo qui l'impressionnent : « Je recherche un dépassement de la photographie, une recherche sur le double, une sorte d'effet miroir. Pour moi, l'image donne une vie, soudaine avec la matière et le symbolisme, j'aime interpréter une photo, la changer en ma vision de ma réalité, rajeunir voire vieillir des lieux, une sorte de relation directe avec un espace qui est affaibli par la pub, le virtuel, en effet, nous sommes noyés dans un processus de consommation. Mon travail consiste à perturber les visions par les couleurs et les lumières, la couleur rend visible, elle s'exprime, je pars du fond pour lui donner une forme avec des aplats de couleurs et différentes matières. » •


> http://artiste.peintre.59.free.fr/


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